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Review : Yung Simmie // Shut Up And Vibe III

Updated: Mar 20

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Le 18 décembre dernier, Yung Simmie a dévoilé Shut Up And Vibe III, venant ainsi clore une période d’environ trois ans sans projet de la part du rappeur. Originaire d’Opa Locka à Miami, ce dernier est actif depuis environ 2009. Il compte parmi les figures phares d’une scène s’étant développée sur Soundcloud entre 2012 et 2016, à l’instar de figures comme Pouya, Fat Nick et Germ, ou encore Denzel Curry, aux côtés duquel il a grandi et dont il demeure proche à ce jour. Les deux artistes étaient d’ailleurs tout deux membres du Raider Klan, collectif et label de SpaceGhostPurrp. Simmie quittera toutefois le collectif en 2017, à la fin de son contrat, si bien que son dernier projet a été dévoilé sous son propre label: Simmie Gang.


Fort de sa capacité à enregistrer de grandes quantités de musique en relativement peu de temps, Simmie dévoilera neuf projets entre 2013 et 2017. On se rappelle à cet effet d’une interview donnée à No Jumper en 2016, où le rappeur explique d’un ton semi-provocateur avoir parfait sa technique au micro des années durant, et donc rapper avec une facilité qui l’ennuie parfois : il aurait conçu Full Metal Freestyle, un de ses plus gros succès qui comptabilise aujourd’hui 6,5 millions d’écoutes sur Soundcloud, en environ quinze minutes. Simmie n’entend pas pour autant avoir l’intention de se reposer sur ses acquis, et rajoute nourrir son évolution en s’imposant des défis personnels, comme se pousser à enregistrer des sons en totale improvisation. En parlant de sa méthode de travail au studio, le rappeur souligne que pour lui, tout repose principalement sur l’énergie ressentie sur le moment, l’incitant ainsi à enregistrer un grand nombre de tracks, quitte à finir par n’en garder que certains. Cela rejoint d’ailleurs l’idée que l’artiste dispose d’un grand nombre de sons non-publiés dans ses archives, comme il le rappelle lors d’une autre interview en 2018.


Fidèle à son habitude d’étendre ses séries de projets sur plusieurs années, Simmie nous fait parvenir le troisième opus de Shut up and Vibe 7 ans après le premier et 6 ans après le second. On retrouvait dans ces deux projets des morceaux marquants dans la carrière de l’artiste comme l’envoûtant Off the Dank en featuring avec Nell, où le flow ralenti du rappeur mêlé à des passages en Chopped & Screwed établissent cette atmosphère planante propre à Simmie ; Full Metal, où l’écriture imagée du rappeur ainsi qu’un égotrip acerbe permet à ce dernier de rappeler sa supériorité dans le milieu du rap ; ou encore Thankful aux côtés de SpaceGhostPurrp, où Yung Simmie joue avec la notion de reconnaissance, tantôt humble face au succès qu’il rencontre avec le Raider Klan et tantôt arrogant en soutenant que ses opposants devraient faire preuve de gratitude du fait de la clémence dont il fait preuve à leur égard.



En reprenant le fil d’une suite de tapes dont la genèse a pris place en 2013, le natif de Floride indique vouloir inscrire son premier projet après 3 ans uniquement ponctués par la sortie de singles dans la lignée directe de ce qu’il a pu proposer par le passé. Cette idée se retrouve d’autant plus renforcée par un tweet récent de l’artiste, où ce dernier indique que malgré certains différents passés, Shut up and Vibe III ait majoritairement été produit par DJ Smokey, avec qui le rappeur avait l’habitude de travailler. En effet, le duo avait dévoilé un projet commun intitulé Yung Smokey en 2015.



De gauche à droite: cover de Yung Smokey et DJ Smokey



Shut up and Vibe III comporte 14 tracks, dont 3 titres dévoilés préalablement à la sortie du projet : Do the Math, sorti en 2019 (initialement pour Simmie World, dont la sortie a finalement été repoussée) ainsi que Da Lyricist et Tik Tok (au départ nommé Tik Tik), sortis en 2020. On note également une absence totale d’invités sur le projet, à l’image des deux plus récents volumes de Basement Musik.



La tape s’ouvre sur 2020 Pt. 2, donnant suite au morceau qui avait également la place d’introduction sur Yung Smokey, 2020. On reconnait d’emblée le tag de DJ Smokey, et on a dès les premières mesures la même image en guise de refrain que sur la première partie du son, datant de 2015.


2020 but I smoke like I got cataracts

Ainsi, l’auditeur retrouve d’entrée de jeu un Yung Simmie qui lui est familier, et ce malgré trois ans de sorties de projets repoussées. Le rappeur vient à cet effet rassurer l’auditeur avec la phase « the Mac is back », éventuel double sens en référence au morceau « Return of the Mack » de Mark Morrison, souvent utilisé pour symboliser un retour sur le devant de la scène. L’unique couplet permet ensuite à l’artiste de rappeler qu’il tient sa concurrence à distance et à quel point il excelle dans son art, notamment à travers des images parsemées de part et d’autre du texte, permettant de véritablement visualiser le propos de ce dernier.


What I speak is dope, the addicts running back- 2020, Pt. 2

Your plug nap, mine’s flippin’ packs like an acrobat- 2020, Pt. 2

Il s’agit là sans doute d’un des traits les plus marquants des lyrics de Yung Simmie, qui a, au fil des projets, fait du wordplay un élément distinctif de son écriture. Cette inclination à jouer avec les mots confère à son propos une capacité à rester gravé dans l’esprit de l’auditeur ; on retrouve ainsi ce genre de phase percutante tout au long du projet.


Speak up I’m rolling loud pack- Easy, Pt. 2

I’m about to go put on some Nikes, how I’m steppin’ by the check- In the Cut

Straight bars, that’s imprisonment, can’t visit it- Da lyricist

You ever dropped a watermelon, splash that’s his head- Living lawless

Dans cet esprit, on retient notamment Keep the L, où l’on retrouve le wordplay de Simmie combiné avec la voix résonnante de ce dernier et des 808 puissants venant ponctuer la prod, le tout pour un résultat efficace.


And I came for the M’s, you can keep the L’s- Keep the L

Taco Tuesday if it’s beef you know that come with shells- Keep the L

Conserver un certain niveau de qualité dans l’écriture est d’ailleurs primordial pour le natif d’Opa Locka, qui tient à se distancer des mumble rappers, pour qui l’accent n’est pas mis sur les lyrics. C’est en partie l’objet du morceau Da Lyricist, où Simmie revient sur son authenticité, son succès avec les femmes et son aptitude lorsqu’il s’agit de produire des textes réfléchis.


Mumble rap n***** ain’t fuckin’ with the lyricst- Da Lyricist

L’originaire de Miami n’est pas pour autant dénigrant à l’égard de ces derniers, et avait indiqué par le passé être capable d’autant apprécier du mumble rap que des morceaux où la priorité est donnée à l’écriture.






Shut up and Vibe III est également l’occasion pour le rappeur de revenir sur la décennie de travail acharné qu’il a derrière lui, qui garantit à l’artiste un statut particulier aujourd’hui. C’est en effet cette capacité à abattre le travail et à garder un niveau de productivité relativement constant qui a permis à Yung Simmie de se hisser vers le haut : grâce à son acharnement, de ses débuts durant son adolescence à aujourd’hui en passant par ses années au sein du Raider Klan, ce dernier a vu sa situation s’améliorer radicalement. Il en rend compte dans la tape, et indique ne pas vouloir s’arrêter là- l’éthique de travail acquérie par le rappeur au fil des ans devrait lui permettre de poursuivre son ascension.


I’m in the Benz but I came from the splat- Do the math

I can’t waste no time I’m on the grind like I’m supposed to be- Grind Everyday

Imma hustle every day, then I’m flexin’ at your face- In the Cut


Dans un registre similaire, Simmie attache également beaucoup d’importance à son indépendance. Son affiliation passée au Raider Klan l’indique d’ailleurs, le collectif ayant émergé dans une période où les artistes commençaient à tirer profit du potentiel d’internet comme outil pour distribuer leur musique selon leurs propres termes, faisant ainsi perdre pied l’industrie et les majors pendant un (court) moment. Simmie n’étant depuis 2017 plus signé au Klan, ce projet a été élaboré et dévoilé sans l’implication d’un label quel qu’il soit, et est donc hautement symbolique en ce sens puisqu’il marque un pas de plus franchi vers l’autosuffisance à laquelle Simmie aspire.


Independent ain’t no management- Batman

I don’t really fuck with the industry- Do the Math

Le Raider Klan


En ce qui concerne l’économie globale du projet, la tape peut, dans une certaine mesure, être divisée en deux parties distinctes. En effet, les ambiances sont principalement rendues par le choix des prods ; on retrouve ainsi de l’intro au 10ème track environ les atmosphères brumeuses et éthérées habituellement attribuées à Simmie. À cet effet, on retient entre autres les sons aux productions signées DJ Smokey, notamment Grind Everyday et In the Cut, présentant tous deux une construction similaire : un refrain constitué de la voix étouffée de l’artiste et un unique couplet caractèrisé par un débit ininterrompu, le tout établissant le fond sonore propre à l’artiste, que les auditeurs de ce dernier connaissent si bien. In the Cut est, par ailleurs, le seul morceau de la tape accompagné de visuels jusqu’à présent.


Dans le même esprit, Easy, Pt. 2, produit par Sossa, donne suite à un track dévoilé en tant que single il y a deux ans. Bien que la première partie soit quelque peu plus sombre que le morceau présent sur Shut up and Vibe III, les deux opus bénéficient de flows très similaires, d’une même ambiance aérienne et partagent certaines phases.


I ain’t with the he say she say, tell ‘em keep up as a relay, I can make this shit look easy- Easy, Pt. 2


Un changement s’opère ensuite avec Da Lyricist, où le beat d’Enrgy amène une transition vers des ambiances plus légères. Ce basculement est confirmé par le morceau qui suit, Tik Tok ; il s’agit d’un son nettement plus chaleureux, également produit par Enrgy, où la prod au BPM modéré et agrémentée de quelques notes de guitare apporte une atmosphère qui contraste bien avec les premiers tracks de la tape. On retrouve des ambiances similaires jusqu’à la conclusion du projet (même si cela est moins marqué pour When I Shudnt) ; cet alliage entre des tonalités plus brumeuses et d’autres nettement plus légères et allègres évoque d’ailleurs le précédent projet de Simmie, Big Smokey. La tape rassemblait en effet des morceaux comme Rose out the Concrete en featuring avec Lil Dred, qui conserve une ambiance froide notamment grâce au flow lent et cadencé du rappeur, mais aussi des sonorités comme celle que l’on retrouve sur Slums avec Johnny Hopkins, grâce à une prod lofi, ou encore des tracks à l’image de Major Flows (également en feat avec Lil Dred) : l’ambiance y est plus posée grâce à un débit plus rapide de la part de Simmie et grâce à des notes de guitare en fond.


De gauche à droite: cover de Big Smokey (2017) et Lil Dred



Shut up and Vibe III parvient à son terme avec Kamikaze, une clôture légère où l’accent est mis sur le statut dont jouit aujourd’hui Simmie, entre les conforts apportés par son succès en tant qu’artiste et l’assurance sans faille qu’on lui connait.


I’m in the streets doing donuts in the Maserati – Kamikaze

I just laugh at these n***** while I make bank - Kamikaze

En somme, Kamikaze aborde la grande majorité des thèmes habituellement présents dans la musique de l’artiste et dans ce projet, que ce soit la drogue et les louds particulièrement appréciées du rappeur, son succès infaillible avec les femmes, ou encore les accomplissements de ce dernier au fil des ans et des projets.




S’il y a bien une chose à retenir de Shut up and Vibe III, c’est que cette tape est parfaitement représentative du sentiment de continuité que l’on éprouve en réécoutant la discographie de Yung Simmie dans son ensemble.


En effet, y on reconnait des sonorités propres au natif de Floride, qui font son succès depuis la période où ce dernier s’était auto-proclamé « Underground King ». Que ce soit dans la première partie du projet à l’atmosphère placide et obscure, ou les derniers tracks plus légers et entrainants, on retrouve cette ambiance aérienne et planante déjà présente sur les anciennes tapes de l’artiste.


Cette idée est martelée tout au long du projet, et l’importance pour Yung Simmie d’inscrire le troisième opus de Shut up and Vibe dans la lignée du reste de son œuvre est explicite. La cover de la tape va également dans ce sens en reprenant divers éléments des projets passés du rappeur, comme le bulletin météo de Simmie Season ou encore la présence de certains gimmicks de l’artiste, griffonnés à l’arrière-plan. Le rappeur parsème d’ailleurs la tape de ces phases pour lesquelles il est connu, et indique à plusieurs reprises ne pas avoir changé depuis ses précédents projets.


7 gram blunt lookin’ like a cigar- Vip

This a cool beat, same guy, it ain’t a new me- Da Lyricist

En dépit du fait qu’il n’avait pas sorti de projet depuis trois ans, Yung Simmie parvient à faire son retour sans donner l’impression d’avoir été absent ; c’est là la force de la tape. À l’écoute de Shut up and Vibe III, l’auditeur retrouve en effet un artiste en tout point fidèle à lui-même. Le rappeur compte d’ailleurs revenir sur le devant de la scène de manière définitive, et à récemment confirmé la venue de deux projets qui devraient nous parvenir dans un futur proche : Simmie World, pour lequel l’artiste a annoncé vouloir un invité sur chaque morceau, et Yung Smokey 2.


Bien que cet opus de Shut up and Vibe ne se démarque pas particulièrement du reste de la discographie de l’artiste, il marque dans un premier temps l’éventualité d’un retour à une politique de sortie de tapes similaire à celle de la période entre 2013 et 2017 en dépit du départ du Raider Klan. Dans un deuxième temps, on a ici surtout un projet qui saura satisfaire ceux qui éprouvent une certaine nostalgie vis-à-vis de l’ère Soundcloud, et s’impose donc comme une écoute obligatoire pour les adeptes de cette scène à l’époque dominée entre autres par Yung Simmie.

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