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Review : Project Pat // Mista Dont Play : Everythangs Workin

Updated: Mar 20



Immense classique du rap sudiste, "Mista Dont Play : Everythangs Workin" est encore aujourd’hui un disque très influent. Entre fascination sexuelle et basses incontrôlables, Pat fut un véritable électron libre, capable de déchainer des clubs à lui tout seul. Retour sur ce classique avec finesse et turn-up au menu.


Avant toute chose, il faut savoir que Pat n’est autre que le grand frère de Juicy J. Son histoire est donc intimement liée au king de Memphis bien que Juicy J ait percé dans la musique avant lui. Pat a grandi dans les "projects" (les logements publics à bas coût) du Tennessee. Son quartier est infesté de drogues en tous genres, et les chances de sortir du ghetto sont restreintes dans son esprit. Mais il a une chance, et pas des moindres, celle d’avoir un père présent. Ce dernier est pasteur, il prend donc les devants pour éduquer ses fils et leur instruire des règles d’or telles qu’avoir toujours sa carte d'identité sur soi. Pat survit donc dans le ghetto et voit son frère percer rapidement dans la musique, notamment grâce à Mystic Stylez, le premier album de la Three 6 Mafia, un projet majeur qui a su introduire un style horrifique si particulier, qui influence encore aujourd'hui de nombreux artistes.


"Mystic Stylez", premier album studio de la Three 6 Mafia ; Project Pat et Juicy J


Déjà devenu multi-millionnaire, Juicy J fait comprendre à Pat que l’industrie musicale rapporte gros. Ce dernier ne s’en cache pas, il a commencé le rap essentiellement pour l’argent. Juicy J initie donc son frère et le résultat prend forme assez rapidement avec "Ghetty Green", premier projet de Pat, qui sort en 1999. Alors que la Three 6 Mafia devient de plus en plus populaire, Pat continue son chemin en signant un excellent couplet sur le classique "Sippin On Some Syrup" en 2000. L’heure de gloire était donc imminente et c’est donc en février 2001 que "Mista Dont Play : Everythangs Workin" voit le jour. 20 ans après (à peu de jours près), faisons le bilan de ce disque emblématique de la ville du Tennessee, et à l'influence majeure sur la scène actuelle.


"Ghetty Green", premier album studio de Project Pat ; "When the Smoke Clears: Sixty 6, Sixty 1", album légendaire de la Three 6 Mafia dont est extrait "Sippin on Some Syrup"



Hits Sudistes


Si Pat délivre un charisme et un flow unique dans ses morceaux, il le doit beaucoup à Dj Paul, l’architecte sonore de Mista Dont Play. En effet l’album est très diversifié dans ses ambiances. Un fait assez rare dans le south avec un son “No Limit” parfois trop reproduit. La Three 6 va ici plus loin, on peut se retrouver sur un champ de bataille avec "If you ain’t from my hood" puis dans un club enfumé sur "Whole Lotta Weed". Mais la vraie qualité du son Three 6 est sa capacité à produire des hits tout en restant authentique. Le sud est en effet bouleversé par des hits de l’album comme "Chickenhead", "Life we Live" et le phénoménal "If you ain’t from my hood".


Project Pat et DJ Paul


Sur le premier de la liste, Pat s’amuse à traiter les femmes de “têtes de poulets”, un terme bien connu pour parler des groupies un peu trop tactiles. Un misogynisme assumé qui a retenti dans tous les clubs sudistes à l'époque. Sur les suivants, c’est un concentré de basses toutes droits sorties de l’enfer qui résonnent dans nos oreilles. Qui n'aurait pas aimé vivre cette période où le Dirty South avait tout son sens, dans des clubs infernaux où violence et C-Walk régnaient… Pat sort donc d’une case underground pour se placer dans le top 100 du Billboard de l’époque. Un fait historique pour Memphis.



808, weed & beef


La crasse sudiste n’a jamais aussi bien porté son nom qu'avec Pat. Même si Mista Dont Play est un album à succès, il reste avant tout un concentré de violence, d’argent et de sexe. Dès le début de l’album, Pat s’efforce de raconter sa vie de dealer, qu’il quittera tardivement puisque devenu riche grâce à la musique. Il incite ainsi ses ennemis à le sucer pour obtenir sa drogue puis les renvoie en leur tirant dans les fesses sur "Cheese and Dope". Il s’enfume de weed pour tout oublier sur "Whole Lotta Weed" et livre un storytelling angoissant sur "Don’t Save Her". On passe même par des passages amusants comme sur "We Ain’t Scared", lorsque Pat vend de la drogue à son propre médecin. Pat prend également le temps d’insulter tout ce qui le dérange, sans compassion. Que ce soit les riches “I know the sucker from the suburb” ou même les “punk motherfucker”, le rappeur n’épargne aucun genre. C’est au final ce qui fait le charme de l’album. L’anarchie sudiste atteint un stade critique et Pat n’en semble toujours pas effrayé.




Toujours influent ?


20 ans après, il est évident que Mista Dont Play a pris un petit coup de vieux, bien que le disque reste encore d'actualité sur de nombreux aspects. Certaines productions sont rapidement devenues kitch avec le temps, tels que les pianos gothiques de "So Hi". Mais au-delà de ce détail, et de sa longueur peu habituelle avec les formats d'album qui se sont popularisés aujourd'hui, Mista Dont Play est un repère pour beaucoup d’artistes. Dans son excentricité premièrement, avec des artistes comme Cardi B, qui l’a référencé sur son morceau “Bickenhead”, ou encore Sahbabii qui revisite certaines de ses métaphores sauvages dans un tout autre registre. Mais le disque est également influent de par sa production, qui a notamment influencé le son du collectif new-yorkais A$AP MOB au début de la décennie 2010. Par ailleurs, la cover au style typiquement south, réalisée par Pen & Pixel, s'inscrit dans un style qui revient aujourd'hui doucement à la mode, comme on a pu le constater récemment avec "Savage Mode 2" de 21 Savage et Metro Boomin. Il est également important de noter que de nombreux acteurs du renouveau de la scène rap de Memphis mentionnent le rappeur comme une influence clé, que ce soit NLE Choppa qui confiait en interview en avoir écouté beaucoup avec son père ; ou Key Glock, qui considère Pat comme le "Drake de Memphis" pour sa facilité à créer des hits conçus pour les clubs, et qui s'est notamment inspiré du refrain de "Gorilla Pimp" pour concevoir son morceau "Dig That" (présent sur Glock Season, sa seconde mixtape).

On constate donc que Pat est encore adulé par des grandes figures du rap actuel, ce qui lui permet de se défouler sur des albums récents tels que "The Hustle Continues", le dernier album de Juicy J.



Classique à réécouter, absolument !

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