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Review : Pistol Bronson & Pistol Kid // Pistol Gang: The Mixtape

Updated: Mar 18


Après avoir dévoilé les consistants M(uzi)que et Froid et Distant en fin d'année dernière, Pistol Bronson est de retour, et cette fois-ci aux côtés de Pistol Kid, avec la sortie d'une nouvelle mixtape sobrement intitulée Pistol Gang: The Mixtape.


Ce dernier projet en date sorti sur le label Brecham Musique (fondé par Bronson lui-même), et distribué par SquiidApe Records, se compose de 12 morceaux pour une durée inférieure à 40 minutes, un format qui permet une certaine efficacité, tout en étant idéal pour que les deux artistes exploitent leur polyvalence au mieux. Retour sur cette mixtape qui compte parmi nos coups de cœur de ce début d'année.


L’album se lance sur le remix de Back in Blood de Lil Durk et Pooh Shiesty. Bronson et Pistol Kid adoptent des flows agressifs tout en étant tranchants dans leur egotrip toujours aussi imagé, et représentent fièrement leur entourage, dont l'importance est évoquée tout au long de la mixtape. L'intensité qui se dégage du morceau est bien accentuée par les adlibs mimant des tirs, et permettant d'immerger davantage l'auditeur dans l'atmosphère du morceau.

"J’vais essayer de carry mon équipe comme si j’étais Messi"

"Mes opps ils sont nuls à chier, j’crois qu’j’ai besoin de nouveaux ennemis"

"J’dis pas qu’les rappeurs sont nuls, juste que Bronson c’est le meilleur/J’tremble jamais avec mon fer, j’ai la main solide comme Neuer"


La production énergique aux sonorités caractéristiques de la scène de Détroit sur Si tu sais, tu sais se mêle judicieusement aux textes de nos artistes, évoquant leur rapport obsessionnel à l'argent, leurs ambitions de représenter le 94 et de réussir par tous les moyens, ainsi que l’intégrité qui les caractérise. Quand on parle de la scène de Détroit ici, on fait bien sûr référence au renouveau de la scène s'inspirant du style de la Bay Area, insufflé par les Eastside Chedda Boyz, et incarné plus actuellement par des artistes comme Sada Baby ou FMB DZ.


Par ailleurs, Bronson se renouvelle dans son écriture à travers des comparaisons s’appuyant sur des références qui lui sont propres, qu’elle soient empruntées à la Pop Culture avec laquelle il a grandi (les Power Rangers, les Boondocks, le football...), ou tirées de son mode de vie tumultueux.


"Toujours énervé comme le petit Huey, le p’tit Riley"

L’authenticité s’illustre comme une thématique omniprésente sur cette mixtape. Fréquemment évoquée sur leurs projets précédents, elle semble indissociable de l’écriture du Pistol Gang, qui reste fidèle à une esthétique affirmée aux influences nombreuses tout en restant parfaitement cohérente avec leur identité et leurs textes.

D'ailleurs, la cover reflète bien les thématiques qui prédominent sur cette mixtape, que ce soit la violence qui rythme leur quotidien, la loyauté qui les unie, ou les drogues venues momentanément soigner leurs peines.



La transition avec About it et son ton nettement plus introspectif est parfaitement réussie. La prod aux influences similaires avec Si tu sais, tu sais est moins dynamique, tout en restant agressive dans les basses. Pistol Kid continue d’évoquer le manque d’authenticité propre à de nombreux artistes actuels, tout en arrivant à être puissant en adoptant un flow nonchalant et précis appuyé par son ton de voix grave et légèrement éraillé et ses adlibs murmurés qui accentuent le côté envoûtant du morceau.

On ressent grandement l’influence du collectif Stinc Team (Drakeo the Ruler, Ralfy the Plug, SaysoTheMac, Ketchy the Great...) sur le groupe, que ce soit dans les flows langoureux et nonchalants ou les choix de production à la fois sombres et puissants, fréquemment empreints d’une mélancolie indissociable de leur écriture brute et intimiste.

Red Lean, Pt. 2 et sa prod au ton mélancolique, accentué par les accords mélodieux joués aux cordes, nous embarque directement dans l’atmosphère brute et austère décrite par les artistes. Pistol Kid y relate son quotidien, tout en évoquant le besoin de s’abreuver de codéine afin de s’apaiser. À travers ses puzzles de mots et de pensées qui semblent presque improvisés, Bronson réussi à être poignant dans son écriture toujours aussi visuelle. L’artiste décrit des situations très précises en parsemant de détails ses textes et en s’appuyant sur des anecdotes vécues, ce qui permet une réelle immersion pour l’auditeur.



Bronson Santana change radicalement d’ambiance. Lors de ce solo de Bronson, le rappeur rend hommage à Fredo Santana, que ce soit à travers ses phases ("Premièrement R.I.P Fredo" ; "Trappin ain't dead, G.I.P Fredo" ; "J’suis une Legend comme le fils à Fredo" ; "Lean belly comme Fredo"), ses grognements en adlibs empruntés à la figure emblématique de Front Street, ou la production à la fois glaciale et agressive propre aux choix de production du défunt rappeur.


Mask On bascule à nouveau sur une production caractéristique de Detroit, à travers sa rythmique énergique et agressive et ses claviers graves et rocailleux - un registre de prod idéal pour étayer l’agitation propre à l’exécution de Pistol Kid, continuant d’évoquer son mode de vie, ses addictions, ses ambitions et son incorruptibilité.

Members contraste avec Mask On à travers sa mélodie au ton plus léger et aérien, sans perdre en intensité grâce à sa rythmique drill et le sound-design aux quelques bruits de lames. Le morceau monte progressivement en intensité, et s’inscrit dans la continuité de la première partie du projet. Bronson livre un couplet au flow saccadé et précis, et parvient encore une fois à renvoyer une agressivité tout en étant relativement nonchalant. Chaque rime semble appuyée avec sincérité et renvoyer à des images et des événements qui ont impacté le rappeur. Le flow plus mélodieux adopté par Pistol Kid accompagne judicieusement la prod et la part de tristesse dont elle est empreinte, et lui confère une certaine mélancolie.


"Et quand c'était la merde avec Langston on mettait les mêmes affaires"

A la différence de ChamRaq et ChamRaq, Pt. 2, la production de ce troisième volet est beaucoup plus proche de la scène de Détroit que des prods caractéristiques de la drill de Chicago ou des Uk. En revanche, l’écriture de Bronson demeure toujours aussi sombre et crue, en particulier sur le refrain qui est à lui seul évocateur de l’atmosphère du morceau.


"Normal que j’ai mal, toutes mes blessures sont beaucoup trop profondes/Elle va jamais r'voir son fils son corps est dans les catacombes/Comme à Chicago j’ai l'cerveau détruit et les idées sombres"


On y comprend que le rappeur reste attaché à un mode de vie sombre et dangereux qui le rattrape malgré le temps qu’il consacre a la musique dernièrement.


L’idée d’authenticité omniprésente sur la mixtape est particulièrement marquée sur des morceaux comme Ready, un hymne des tranchées où Pistol Kid switch entre agressivité et mélodie langoureuse avec facilité.

Pistol Tears est l’un des morceaux les plus forts émotionnellement. La production aérienne est infusée d’un certain blues accentué par les voix féminines en fond qui lui confèrent une ambiance à la fois triste et envoûtante, parfaitement véhiculée par les textes intimes des deux artistes, évoquant leur caractère inébranlable et les peines endurées qui leur ont insufflé ce trait de personnalité.


"J'continuerai à t'parler d'la galère parce que ça fait de moi un homme/J'continuerai d'vous faire la guerre parce que c'est ce que font les vrais hommes"

"Le cercle il est restreint comme si j'faisais partie d'une secte"


L’arrogant suit la direction empruntée par Pistol Tears dans l'introspection. Sur ce morceau sans refrain, la sincérité dans l’écriture de Bronson s’appuie sur des images évocatrices de son mode de vie, entre violence, déceptions, addictions et ambitions. La production est suffisamment simple et espacée pour lui permettre d’appuyer chaque phase et d’être poignant dans son interprétation. Le rappeur monte en intensité tout au long du morceau avant de conclure sur le manque de confiance et de loyauté propre à des proches l’ayant déçu, un thème qui prédomine sur ce projet.

"Moi j’voulais pas, mais j’ai quand même fini par détaille"

"Trop d’pression sur mon dos j’suis obligé d’réussir/J’carbure à la codéine, gros c’est ça mon élixir"

"Bronson panique quand il entend deux trois sirènes"

"J’suis un chrétien mais je suis les règles de la rue/j’suis un chrétien mais j’t’avoue moi j’y crois plus"

Ces plaies décrites semblent encore plus profondes sur le morceau qui suit, Broken Heart, où les notes mélancoliques jouées au violon viennent appuyer le ton déchirant de la production, qui se ferme sur une outro Chopped & Screwed évocatrice de leur goût pour la codéine, venue apaiser ces mêmes peines.



En se nourrissant de leurs nombreuses influences musicales respectives, qu'il s'agisse de Detroit pour les productions, Chicago pour l'interprétation et certains flows, ou d'artistes comme Booba pour leur écriture très imagée, le Pistol Gang a réussi à construire une mixtape éclectique et fidèle à leur identité, où chaque choix semble parfaitement cohérent et naturel. Bronson et Pistol Kid œuvrent sur des terrains où ils sont à l'aise, tout en ayant réussi à s'affranchir de leur influences à travers leur personnalité et leur vécu retranscrit avec sincérité.


Brutal et personnel, ce projet sur lequel les deux artistes ont travaillé des mois, marque un cap dans leur carrière, et devrait leur permettre d'étendre leur public et de mettre Champigny sur la carte pour de bon.


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