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Review : D-Block Europe // The Blue Print - Us vs. Them

Updated: Mar 20



Le groupe anglais D-Block Europe, originaire du sud de Londres, est revenu le 9 Octobre dernier avec son premier album studio : Blue Print - Us Vs Them, un projet particulièrement attendu étant donné la montée en puissance de DBE ces dernières années, l'occasion pour nous de revenir sur ce premier album studio, et de retracer brièvement l'ascension fulgurante d'un groupe devenu l'une des têtes d'affiche du rap UK de ces trois dernières années.


Si Young Adz (a.k.a. BandoBaby29) et Dirtbike LB sont les membres les plus mis en avant (on les retrouve sur la totalité des morceaux DBE), Lil Pino se joint parfois au duo, comme c'est le cas sur "Goulag", présent sur cet album.


A l'origine, le groupe anglais était axé sur des sonorités beaucoup plus classiques, grandement influencé par la scène New-Yorkaise de la fin des années 1990, dont le mythique groupe The Lox (comprenant Jadakiss, Sheek Louch et Styles P), officiant parfois sous l’appellation D-Block, qui fait directement référence au collectif du label du même nom créé par ces derniers.

Rapidement, à force de présence et d'une productivité effrénée, le rap de Young Adz et Dirtbike LB parvient jusqu'aux oreilles de Jadakiss, qui se rendra officier la rencontre avec DBE en Angleterre, en 2013. A l'issue de cette rencontre, le groupe anglais a l'opportunité de poser un freestyle à l'émission de Tim Westwood, un freestyle percutant qui concrétisera leur signature sur le label de Jadakiss, D-Block Europe était né.

Des années après cette rencontre, DBE a opéré un virage artistique complet, en s'orientant vers des sonorités Trap, à une époque où le mouvement venu d'Atlanta est plus présent que jamais, notamment avec Young Thug, Rich Homie Quan, PeeWee Longway ou encore Hoodrich Pablo Juan pour ne citer qu'eux. Lyricalement, D-Block ont du adapter leur recette, le sexe, le succès et la drogue prédominent en thématiques omniprésentes dans leur écriture, et collent parfaitement à leurs productions aériennes et envoûtantes.


Forts du succès de leurs singles "Large Amounts", "Trap House" ou encore "The Shard", dont les clips avoisinent tous les 20 millions de vues sur YouTube aujourd'hui, le groupe anglais sort en 2018 sa première mixtape : "Any Minute Now". Cette mixtape est entièrement en collaboration avec Yxng Bane, autre prodige de cette vague UK grandement influencée par la Trap d'Atlanta, et qui a su se la réapproprier en y intégrant le style de vie et les expressions anglaises dans les lyrics.

2019 est une véritable année charnière pour le groupe anglais, qui, sur le modèle des artistes d'Atlanta réputés pour leur productivité hors du commun, sort pas moins de trois mixtapes, toutes acclamées par la critique comme par les auditeurs de rap UK : l'excellent "Home Alone" en février, "PTSD" en octobre, et "Street Trauma" en décembre. Home Alone se hissera à la 6ème place dans les charts, et PTSD à la 4ème, un succès commercial expliqué par une efficacité et une esthétique qui se démarque du reste de la scène UK.

Sur le format, ces mixtapes s’inscrivent dans la continuité des projets que peuvent sortir les rappeurs d’Atlanta, à savoir des projets assez longs, aux morceaux relativement courts, et avec des refrains très catchy, généralement assurés par Young Adz et sa voix autotunée.

Ce premier album studio est porteur d’une symbolique très forte, notamment à travers le titre du projet (Blue Print – Us Vs. Them) qui exprime bien leur détachement de la scène rap UK, de par leur singularité dans leur créneau artistique et les sonorités trap qu’ils on su populariser au sein de la scène actuelle au UK, à l’issue de quatre projets riches en bangers, qui ont, à leur échelle, redéfini certaines tendances, notamment dans leurs visuels et dans leur attitude.


La complémentarité entre l’inspiration mélodique débordante de Young Adz et les flows plus bruts de Dirtbike LB, ainsi que leurs nombreux succès d’estime et succès commerciaux, leurs confèrent un statut particulier aujourd’hui, qui est mis en avant tout au long de l’album à travers leur écriture où la réussite domine en thème omniprésent.


Afin de teaser l’album, le groupe anglais a sorti quatre singles : "We Won", "Free 22" (qui vient rendre hommage au troisième membre du groupe : Lil Pino), "UFO" en featuring avec Aitch, suivi de "Destiny", l’intro du projet.


Côté production, on retrouve sur Blue print près d’une quinzaine de beatmakers différents, mélangeant à la fois des beatmakers habitués à produire pour le groupe (Meero Beats, Jony Beats et Superkid), des beatmakers américains reconnus (Cardo et Ambezza), et même des beatmakers français (MIND THE GAP sur "Proud", OSIRIS sur "Whistle", et Slime Castro sur "Only Fans", "Top Thai" et "Last Night in Marbella"), une variété dans les productions qui permet à l’album, malgré sa longueur, de ne pas être redondant dans les sonorités, bien que ces dernières restent Trap de l’intro à l’outro.


Dès la première écoute, les morceaux se détachent presque tous les uns des autres, malgré des similitudes qui peuvent paraitre flagrantes pour toute personne n’étant pas initiée à leur musique. Young Adz et Dirtbike LB parviennent toujours à trouver des mélodies particulièrement entrainantes, notamment sur les refrains (S/o Mr Mysterious, Destiny, Codeine & Fashion, Whistle…), exercice dans lequel les deux artistes excellent avec facilité.


Dès l’introduction, les allusions récurrentes à leur parcours, à leur singularité dans la scène actuelle, et à leur réussite, reflètent bien la symbolique qui transparait de ce premier album studio à travers son titre et le contexte dans lequel il sort. Tout au long de Blue Print, DBE retracent leur ascension, de leur passé dans le deal à leur domination sur la scène actuelle, en passant par leurs premiers pas dans l’industrie.


« The money was destined/We call that shit destiny (…) They didn't accept us/Break a brick like Tetris, destiny » - Destiny

« Some nights I had blood on my face and I was strapped with a J like oh-oh » - Destiny

« When made it out the mud, you only want positive shit around you » - Birds are chirping

« DBE got the game influenced, Drink, drink, drivin' under influence » - We won

Leurs allusions multiples à leurs difficultés passées, mises en contraste avec des phases (souvent très inventives et imagées) qui reflètent leur succès actuel, rend leur écriture particulièrement motivante. Les deux rappeurs restent intègres, et évoquent fréquemment le fait d’être rattrapés par les afres de leur passé, malgré leur succès soudain.

C’est notamment le cas sur "Destiny", "Free 22", et sur "UFO".


« I'ma cover my pain with these shades/I'ma cover my eyes with Cartier » - UFO

« She lovin' my sweater, Tom Ford on my clothes, still think the money won't change me » - Free 22

« My new gun is gorgeous, we was the poorest, new grow house like a forest » - Destiny

Ces lyrics souvent sombres, et relatant leur passé de façon très brute et spontanée, contrastent avec les productions, très mélodieuses et entrainantes, qui n’ont rien à envier aux meilleurs projets du même registre sortis à Atlanta récemment.


« Flashbacks to that night in the bando, I'm fightin' my tears again » - Plain jane

« I'm talkin' nightmares, my demons, they'll give you nightmares/I'm with a famous bitch in a Range Rover, in the nighttime » - Top Thai

« Only the realest and only the richest, they all in the team/We just some street niggas on good vibes, that's DBE » – Cartier Rings

« I robbed a couple niggas that I went to school with/Whippin' up in the kitchen, it look like Cool Whip » - Birds are chirping

Les drogues, notamment la lean, sont également une thématique indissociable de l’écriture de Young Adz et Dirtbike LB, elles sont décrites comme une porte de sortie au stress post traumatique généré par leur passé tumultueux, une thématique déjà bien exploitée sur leur mixtape PTSD.


« She asking me why I'm so wild/I just said that I been hurt/I started drinkin' all this lean/Then all these Percs, it made it worse » - Proud

« I'm off the Henny straight all week but I prefer codeine/Girl, I know the Percocet numb me but I need some more peace » - Birds are chirping

« Mentally unstable criminal, I ain't no role model/I'm reachin' for my cup, I'm half asleep, I can't see no bottle » - Shame on me

Par ailleurs, les deux artistes évoquent fréquemment leur amour du sexe sous antidépresseurs ("Codeine & Fashion", "Perkosex", "Mr Mysterious", "Michelin Star"…), notamment sur "UFO", leur première collaboration avec le jeune talent tout droit sorti de Manchester, Aitch, qui évoque lui aussi sa réussite et son goût pour les cunnilingus lors d’un couplet assez suffisant (qui n’est pas sans rappeler son morceau à succès "Taste").


« She don't fuck with white boys but she still fuck me/You ever had a millionaire eat your pussy ? » - UFO

Young Adz et Dirtbike LB se permettent de tenter des choses, tout en restant relativement fidèles à leur ligne de conduite, on retrouve ainsi sur le projet des morceaux plus mélancoliques, comme sait si bien le concocter DBE, à l’image de "Perkosex", "Plain Jane", "Shame on Me", "Tutorial" ou "Pure".

Mind The Gap (duo de beatmakers fr qui a notamment produit pour JMK$ sur "No Kap" et "Chili") signent l’une des meilleures productions de Blu Print avec "Proud", un beat brumeux qui évolue progressivement en intensité, sur lequel Young Adz (aux côtés de la chanteuse RAYE qui assure les voix en fond et l’outro du morceau) livre un texte intimiste poignant, surement l’un des morceaux les plus introspectifs du groupe, et qui vient une fois de plus mettre en avant l’ascension de DBE.


Cependant, si les textes intimistes se font rares sur cet album, les artistes se confient régulièrement sur leur passé au détour d’une rime, notamment sur les morceaux plus mélancoliques où ce type de propos est de mise.


On a ainsi un équilibre parfait entre les bangers festifs, qui sonnent comme une célébration du parcours accompli par les deux artistes, à l’image des morceaux "UFO", "We Won" ou encore "Only Fans" ; et les morceaux plus introspectifs, aux productions plus éthérées, et généralement vite addictives, à l’image de "Proud", "Top Thai" ou encore "Destiny".


En somme, The Blue Print – Us Vs. Them est l’un des albums UK les plus réussis cette année (mention spéciale aussi aux albums Class Of 98s, EDNA et Crabs In A Bucket), un projet éclectique qui reste cohérent du début à la fin, tout en réussissant à concilier une ambivalence d’ambiances.

Young Adz et Dirtbike LB cultivent une fois de plus une alchimie efficace et terriblement addictive, sans pour autant travestir leur ADN artistique pour se rendre plus accessible. The Blue Print s’inscrit dans la continuité de leurs mixtapes précédentes, la recette demeure similaire (des lyrics bruts qui transpirent la rue, un flow autotuné maitrisé, et des prods mélodieuses tantôt mélancoliques tantot festives), mais sans pour autant créer de redondance, notamment grâce au panel de beatmakers sollicités, et au peu de feats qui leur permet d’être plus intimistes dans leurs propos.


Cet album, de son titre à son contenu, en passant par la cover, est porteur d’une symbolique particulière, et se veut à la hauteur de la promesse tenue. En effet, The Blue Print semble dès les premières écoutes se démarquer du reste de leur discographie, ce projet consistant malgré sa longueur servira surement de plan sur lequel se calquera tout artiste influencé par le groupe de Lewisham à l’avenir, un projet ambitieux qui se veut donc être une référence dans son registre.


Note : ⭐⭐⭐⭐


10 Highlights personnels :

- Destiny

- Birds are Chirping

- Shame On Me

- Top Thai

- Mr Mysterious

- Perkosex

- Proud

- Codeine & Fashion

- Plain Jane

- Cartier Rings


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