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Review : Booba // Nero Nemesis

Updated: Mar 20

Cinq ans aujourd’hui. Cinq ans déjà que l’un des meilleurs albums de rap français de ces dernières années a vu le jour à un moment où on ne l’attendait pas. Avant de commencer cette review, remettons les choses dans leur contexte.


L’année 2015 fût une année très riche pour le Duc au niveau musical : la sortie de l’album D.U.C en avril signait le retour de la légende du rap français suite à trois années d’absence d’album studio après la sortie de Futur en 2012 (si on ne compte pas la réédition de 2013). Cependant, les critiques à l’égard du disque se montreront très mitigées : utilisation trop intensive de l’auto-tune avec laquelle le public avait du mal à s’accommoder à l’époque, un projet trop long (19 morceaux)…L’album a réussi à se faire un peu plus apprécier avec le temps, mais les fans s’attendaient probablement à quelque chose de différent après tant d’attente. Mais Élie Yaffa ne comptait pas en rester là, car quelque chose d’autre se préparait…

Le 4 Décembre 2015 s’annonçait déjà comme une journée exceptionnelle pour le rap français en terme de sorties d’albums : Nekfeu s’apprêtait à dévoiler la réédition de Feu, Jul allait sortir l’immense carton que fût My World (tous deux certifiés disques de diamant), et surtout…l’ennemi juré de Booba, monsieur Housni Mkouboi aka Roh2f qui avait annoncé la sortie de son nouvel album Le Rohff Game après PDRG en 2013 (ainsi que l’excellent When It’s Dark Out de G-Eazy aux US). Il n’en fallait pas plus pour Kopp afin d’annoncer un nouvel album surprise intitulé « Nero Nemesis » quelques jours plus tôt sur son Instagram, malgré que Rohff avait un peu gâché la surprise en annonçant ce que comptait faire son rival, l’accusant plus tôt d’avoir essayé de leaker un featuring avec Lacrim. La cover est très inhabituelle pour Booba, car c’est à ce jour la seule où il n’est pas présent dessus. On y voit ce qui semble être un lion ailé, muni d’une couronne sur sa tête, représenté de profil en train d’avancer (on le remarque grâce à la position des jambes), peint en blanc sur un fond noir révélant un aperçu vraiment sombre très fidèle à la direction prise par l’album. Booba explique aux Inrocks aimer « ce blason » qui représenterait « un mélange de Lion de Judah tiré de la genèse et du Lion de Némée que l’on peut retrouver dans la mythologie grecque. C’est un emblème au carrefour des croyances. », déclare-t-il. Le choix du lion n’est que peu surprenant, tant il est synonyme de puissance et de souveraineté dans son environnement.

Mais comment Booba a-t-il réussi à contrer les mauvais retours à l’égard de son précédent projet, et faire forte impression, que ce soit au niveau de la presse ou du public ?

Validée fût le premier single et la seule « zumba » du projet, qui avait cartonné auprès du grand public. Le morceau est une reprise de Ignanafi Debena de Sidiki Diabaté, artiste avec lequel Booba collaborera deux ans plus tard sur Trône. « Attila » sera le deuxième single de l’album, où l’on retrouve un Kopp très brut qui frappe en one verse. Le 28 Décembre, il dévoile le clip d’un nouveau son, Génération Assassin, où il rend hommage au groupe Assassin et en profite pour rappeler aux auditeurs qu’il fait partie du game depuis bien longtemps. Un unique couplet au flow chirurgical et posé à la fois, sur une magnifique prod d’Ozhora Miyagi mêlant différents instruments acoustiques (guitare, piano, violon…). Le morceau est très bien accueilli et ravive la flamme des fans de Booba, dont une partie demandait plus de morceaux kickés. La punchline « Vroum vroum, j’fais des roues arrières dans l’cul d’ta madre » restera gravée dans les mémoires.



L’album sort donc six jours plus tard. La première piste, Walabok, annonce déjà la tournure que va prendre l’album, et est très certainement l’une des meilleures intro d’albums rap de ces dernières années : une prod sombre et agressive de ZewOne, et, grand classique des albums de rap lorsqu’il s’agit du premier morceau d’un projet, un seul et unique couplet où le duc découpe la prod dans tous les sens avec de belles punchlines, tout en lâchant une petite balle perdue pour Rohff :

« S’tu tombes sur moi t’tombes sur un os »
« Tu n’arriveras jamais comme le feat avec Rohff »
« Tellement à sec ton statut c’est pourvu qu’il flotte,
Plus j’connais les hommes plus j’aime mon rot’ »


Plus les morceaux s’enchaînent et plus les auditeurs se rendent compte d’une chose : l’auto-tune est clairement moins présente que sur D.U.C, ce qui enthousiaste beaucoup ceux qui avaient du mal à s’y accrocher. Des morceaux comme Attila, Génération Assassin, 4G ou Comme Les Autres rappellent à ses fans que Booba n’a pas oublié ses bases et qu’il n’a pas besoin d’auto-tune pour faire de la bonne musique. Les productions de l’album sont très sombres et loin des standards classiques auquel la trap française nous a habitué : la masterclass de 1712 Beatz sur Comme Les Autres avec son instru qui passe d’une espèce de bell distordue à un piano acoustique très mélancolique, les prods à leur sauce de twinsmatic sur U2K (qui était initialement leur propre morceau) et Talion, la reprise de BLOW de Tory Lanez par Mr Punisher sur 4G…Les beatmakers de l’album ont réalisé un superbe travail en réussissant à rester dans l’ambiance que l’album imposait.

Mais bien que l’entièreté de l’album soit tournée vers des sonorités très sombres et pesantes, Booba réussit quand même à varier les flows qui peuvent se montrer tantôt plus bruts (Walabok, Talion, Attila, Pinocchio, Zer…), tantôt plus posés et mélodiques (Génération Assassin, 92i Veyron, U2K…). Pensées également envers le très sous-estimé Habibi, sur une instru originale du morceau See What I’m Sayin’ des Migos. Ce morceau très planant nous dévoile un flow peu habituel chez le Duc, un poil saccadé qui colle parfaitement à la prod de Deko et ses hi-hats très rythmés.



L’album permettra aussi de dévoiler des nouvelles signatures du 92i avec Siboy et Damso, on retrouve également Benash déjà signé depuis quelques temps, ainsi que Gato, fréquent collaborateur de B2O. En plus d'être à la production de Talion, twinsmatic (qui était un duo à l'époque) sera également en featuring sur le morceau U2K. Les couplets de Siboy sur Zer et Damso sur Pinocchio feront forte impression, les deux artistes envoyant du très lourd pour une première collaboration de haut rang avec le D.U.C :

« Montre c’que t’as dans l’ventre, et j’irais le vendre » - Siboy, Zer
« La trap française, moi, j’l’éjacule sur le torse » - Damso, Pinocchio

Lyricalement parlant, Kopp restes fidèle à lui-même. Des punchlines aiguisées, précises, brutes, on en trouve et pas qu’un peu :

« J’ai couronne sur la tête pourtant c’est l’voisin qui a eu la fève » - 92i Veyron
« Tu n’baises pas la première fois, moi je ne baise pas la deuxième » - Génération Assassin
« Tripoli gang, y’a des crânes humains sous l’tank » - Habibi

Il en profite également pour rappeler sa place de pilier du game français depuis presque deux décennies à l’époque :

« J’ai fait du game une dictature, pour ça qu’on m’récompense pas » - Pinocchio
« Avant moi dans le game tout allait bien, no pain no gain vous le savez bien » - Habibi
« Génération Assassin, Idéal J, Mama Lova » - Génération Assassin

Nero Nemesis aura su marquer les esprits de par l’esprit revanchard et compétitif de Booba qui a su faire taire toutes les critiques à l’égard de son précédent opus. Un album sombre, puissant où B2O exprime avec toute la véhémence qu’on lui connaît que c’est lui le patron, que cela vous convienne ou non. La volonté d’avoir voulu affronter Rohff dans les bacs s’est soldée par une victoire (20 582 pour Roh2f contre 35 138 pour Kopp, à noter que les streams n’étaient pas encore pris en compte dans les ventes à ce moment). Un album auquel personne ne s’attendait dans lequel le Duc a su conforter sa place de GOAT dans le jeu français.

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