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Review : AJ Tracey // Secure The Bag ! 2

Updated: Mar 20

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Le 27 Novembre dernier, AJ Tracey nous a dévoilé son nouvel EP « Secure The Bag ! 2 » plus d’un an et demi après son premier album studio, un cap important pour lui puisque c’est véritablement cet album qui a concrétisé toutes les attentes autour du prodige londonien, et de sa facilité à s’adapter à des registres variés, sans jamais perdre de son identité et de son efficacité.


Tous les choix artistiques faits sur cet album, et sur sa réédition Deluxe, semblaient naturels et maîtrisés, bien que la Grime soit malheureusement trop absente sur l’ensemble des 20 titres, le projet a néanmoins permis au londonien de s’en affranchir, et de gagner encore davantage en exposition, notamment outre-Atlantique.


Secure The Bag ! 2 intervient donc 3 ans après le premier volet du même nom sorti en 2017 (bien que la majorité des sons aient été conçus à la même période, soit autour de 2016), son premier projet à être rentré dans les charts Uk, et sans doute son plus abouti artistiquement, le premier Secure The Bag ! demeurant plus efficace que l’album qui suit à mes yeux, grâce à son format court et à ses ambiances davantage maîtrisées.

On y retrouvait des morceaux qui comptent aujourd’hui parmi les plus gros succès du rappeur de Tottenham, à l’image de l’envoûtant « Alakazam », ou encore de l’immense banger «Quaterback » (dont la production est ici reprise sur « Red & Green ») ainsi que des morceaux strictement Grime, tels que « Blacked Out », sur lesquels le londonien conserve toute la bestialité qui caractérisait son flow sur les projets précédents.


Si avec le premier Secure The Bag ! et son album studio, AJ Tracey évoquait son ambition de se hisser aux sommets du Rap Uk, il s’affirme ici y être parvenu, et se proclame même Prince de la nouvelle génération, dès le morceau « Yumeko » qui introduit cet EP.

Le londonien y revient sur son parcours, ses motivations, ainsi que sur ses accomplissements, ici évoqués avec amusement.


« I'm the prince of the new-school era/And achieve what I wanna but it's progress » - Yumeko

« It's a process and I just get nearer/I take risks every day like Yumeko » - Yumeko

« Would you believe?/I killed the shows overseas Spread the sound like a disease/I brought the world to its knees » - Yumeko

« Rolling with demons, protected by angels/I do this for all of the mums that are crying/SK, SK, SK, SK/All on my feet I don't rock nothin' else » - Yumeko

La production légère et envoûtante aux hi hats frénétiques signée Lukrative (producteur sur l’album Pluto x Baby Pluto notamment) et F1lthy (producteur pour WifiGawd, Sickboyrari, Bladee, Lucki, Matt Ox, …) vient conférer un côté presque épique au morceau, qui semble parfaitement refléter l’ascension d’AJ, et son statut actuel de poids lourd au sein de la scène Uk.


F1lthy


Sur le morceau qui suit, « LA4AWEEK 2 », la production assurée par lui-même et Nyge (producteur de « Quaterback », de « Return Of The Mac » pour MizOrMac …) est plus froide et agressive, ce qui permet à AJ Tracey d’être beaucoup plus tranchant que sur l’introduction.


« Weighing up onions, T-house pungent, straight outta London dungeons » - LA4AWEEK 2

A l’image du premier « LA4AWEEK », AJ renoue avec le New-Yorkais Swoosh God affilié au A$AP Mob, qui livre ici un couplet affuté et précis, dans lequel il S/o fièrement MTP, le collectif avec lequel AJ Tracey a fait ses armes à ses débuts.


« If you hate on the MTP, I just SMH (shake my head) and then KMT (kiss my teeth) » - LA4AWEEK 2

Son flow énergique monte en intensité, et contraste bien avec le flow plus mélodieux et saccadé de Sloan Evans qui conclue le morceau de façon ralentie sur ses notes froides, et qui articulent parfaitement la transition vers « Red & Green », et sa production plus énergique reprise du beat de « Quaterback ».


Swoosh God/Sloan Evans


Avec « Yumeko », « Red & Green » fait partie des morceaux qui incarnent parfaitement l’ascension d’AJ ces dernières années. L’artiste y mentionne ses créateurs favoris (que ce soit Chanel, Raf Simons, ou encore Visvim), symboliques d’un train de vie luxueux, et évoque certaines références imagées propres à son écriture qui viennent appuyer son egotrip.


« I'm in Margiela, it's green (Green)/All of these VV's on me (On me) I put Visvim on my feet (Feet)/I need to win for my team » - Red & Green

« You tried to cop this new Raf got declined/Chanels I placed on my face got me blind No record deal, I ain't locked into buying » - Red & Green

« My blicky is wet like it's Ferg (Ferg) [...] Tony Hawk down on the curb (Skrrr) […] I got art on my head like I'm Bari » - Red & Green

Les références aux designers sont fréquentes dans son écriture, le titre « No Chucks » fait à ce propos référence au modèle de baskets de la marque Rick Owens, très similaire à des Chuck Taylor, mais nettement plus cher et haut-de-gamme.




« My Gang come like rednecks, all we push is trucks/Got Rick Owens on my feet, these ain't no Chucks » - No Chucks

A l’instar de « Triggered » et « No Chucks », le londonien renoue sur « Red & Green » avec ses flows plus énergiques auxquels il nous a habitué par le passé, surement l’une de ses démonstrations techniques les plus intéressantes sur cet EP, aux côtés du banger «Graveyard Shift » en feat avec Slowthai.



Slowthai


Lors de ce banger exécuté avec facilité, AJ revient sur ses activités illicites passées, tout en continuant d’évoquer des éléments qui incarnent et reflètent son succès dans la musique, que ce soient ses chaînes, ses voyages fréquents pour ses tournées, ou encore ses voitures onéreuses.


« I was sellin' pills in the rave/Razor on me, give a brother a shave/Dip duck dive, where you get raised » - Graveyard Shift

« Keep it a G like Warren (Like Warren)/Got the horsepower like Ralph (Like Ralphy) And we gotta stick that Lauren » - Graveyard Shift

« Hikikomori » est à l’inverse beaucoup plus léger et aérien, tout en étant rythmé par des hi hats frénétiques qui se prêtent encore une fois parfaitement à la véhémence avec laquelle AJ revient sur ses ambitions.


« How can I moan when my crib's got a pool? I was sittin' 8 balls, never played pool » - Hikikomori

Le titre du morceau est directement issu d’un terme japonais désignant un repli sur soi des hommes japonais qui ne sortent que pour satisfaire leurs besoins primaires, une idée utilisée par AJ ici pour exprimer son acharnement et sa productivité débordante dans la musique, à défaut de vouloir sortir dehors pour des choses autres considérées comme futiles à ses yeux. Cette idée est mise en avant lors du pré-refrain plus mélodieux et accrocheur.


« I don't wanna go outside, I'm feelin' like NBA/Tryna get paid, been countin' up stacks all day Everybody callin', textin', don't even know my phone's not on me But I got the mula on me, gotta keep a ruler on me » - Hikkimori


Par ailleurs, on retrouve à l’instar de ses projets précédents, des références nombreuses au foot et aux mangas, qui viennent toujours bien appuyer et imager ses propos. C’est notamment le cas sur « Hikikomori », où le londonien emprunte ses références à des protagonistes de Naruto pour imager ses lyrics, que ce soit sa détermination avec Rock Lee, ou son attitude avec Deidara.


« That Lee I'm a Guy like that Deidara birds, I'm fly like that/Akatsuki my gang, I'm stylish black I'm Shisui, bros know I got their back Orochimaru, you snakes can't dap » - Hikikomori

AJ Tracey a manifesté à multiples reprises sa passion pour les mangas, que ce soit à travers des lyrics, des titres de son, ou encore ses photos de profil sur les réseaux sociaux. La cover de l’EP reflète bien cet intérêt de l’artiste pour cette culture, et reprend exactement le même concept visuel que pour le premier volet.



Sur « Blow My Phone », l’artiste évoque son sentiment de réussite, et ses accomplissements dans la musique, tout en rappelant son intégrité sur une production froide et brumeuse aux sonorités métalliques.


« I'm still likkle Tracey A (Yeah) London star and quarterback » - Blow My Phone

« I'm in Halifax or it's Barclays babe, I don't go to chase Biggest smile, walkin' out the bank, like I own the place Gothenburg, Tilburg and a dot, yeah they know my name » - Blow My Phone

« No Chucks » s’ancre dans la même continuité, une prod Trap aux snares effrénées, plus mélodieuse, où AJ revient également sur son train de vie luxueux et ses accomplissements, en mentionnant ici des artistes avec lesquels il a réalisé certains de ses plus gros succès à l’image de Dave avec « Thiago Silva » ou Aitch avec « Rain ».


« Indomie, late nights we baked/Now champagne, lobster and steak /Cash cow, AJ dropped Snow, I'm paid/Red velvet cake's all I make » - No Chucks

« Like Skepta, man stay on mains Went platinum on grime with Dave Linked Aitch, and man made it rain (Okay, let's go) I can't complain (No), my music's on GTA » - No Chucks


Son entourage proche occupe d’ailleurs une place omniprésente dans son écriture, en particulier sur le morceau « Triggered » et ses hi hat sautillants mêlés à des sonorités métalliques, où AJ évoque son intégrité vis-à-vis de ses proches, bien que cela ne soit pas toujours réciproque.


« I kept it one (Yeah), with some niggas (One)/That didn't keep it one with me » - Triggered

« I just put ten on my shoes (Ten) And I put ten on my boo (Boo) I just put ten on my boys (Ten) I just put ten on my goons (Let's go) » - Triggered

Il évoque par ailleurs sa réticence quant à se faire de nouveaux amis, étant donné les nombreuses trahisons qu’il a pu subir, une thématique fréquemment abordée sur le projet.


« I don't want no more friends (No more) I don't want no more friends (No more) » - Triggered
« Old friends talking 'bout me but they owe me their life (Yeah) » - Blow My Phone

Le projet se conclue sur « Colombiana », et sa prod vaporeuse signée Nyge, un pur egotrip où AJ revient sur son succès auprès des femmes.


« She love me cah I'm makin' a killin'/ I got Colombiana girls and I got British/Wait I ain't finished, Swedish, Dutch and Finnish » - Colombiana

En somme, cet EP vient confirmer une fois de plus la versatilité et les qualités techniques du prodige en provenance de Tottenham, qui assure ici un projet efficace et cohérent, aux ambiances éclectiques, et léger dans les thèmes d’écriture, où l’égotrip prédomine, à l’image du premier Secure The Bag !


On y retrouve des sonorités habituelles à l’artiste, où il continue d’exceller à travers son flow vif et brut, sur des prods beaucoup moins Grime que ses projets avant 2016. Ainsi il continue d’emprunter ses inspirations à des styles variés, notamment à la nouvelle scène Trap qui se développe aux Us, et à des courants plus underground, notamment à travers sa collaboration avec le beatmaker F1lthy, véritable vétéran d’une scène qui s’est développée sur Soundcloud depuis maintenant quelques années.


Secure The Bag ! 2 répond donc à la promesse attendue : un projet efficace, qui n’est certainement pas l’un de ses plus complets, mais qui propose une palette d’ambiances idéale pour permettre à AJ d’y démontrer toute sa versatilité.

Une ride embrumée qui s’ancre par conséquent dans la même continuité que le premier EP, et comporte son lot de pépites, qui devrait logiquement permettre à AJ Tracey de s’imposer encore davantage sur la scène Uk.


Note :⭐ ⭐ ⭐⭐

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