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Focus Artiste : Slayter

Updated: Mar 20

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New York a toujours été un vivier de rappeurs talentueux à la plume précise et affutée et au style complexe. Slayter est de ces prodiges qui ne dérogent pas à cette tradition.

Né à Porto Rico, il quitte l’île caribéenne alors qu’il a 1 an seulement, pour emménager à Dyckman, situé dans le quartier Inwood à Manhattan. Très rapidement, le jeune Slayter se passionne pour la musique, il commence alors à rapper dès ses 5 ans, sous l’influence majeure d’artistes porto ricains à l’image de Daddy Yankee ou encore Don Omar, ainsi que des collectifs new-yorkais comme les Dipset ou le G-Unit pour ne citer qu'eux (pour l’anecdote, Lloyd Banks est son rappeur favori à cette période où G-Unit est sur le toit du monde en terme de chiffres comme de succès critique). 50 Cent est une inspiration importante dans sa musique, que ce soit dans l'énergie, les mélodies, ou bien le storytelling fréquent dans ses textes. Parmi les artistes plus actuels, Slayter mentionne Lil Baby, Polo G, Kodak Black ou encore NBA YoungBoy dans son top personnel.

Il commence ainsi à enregistrer ses premiers morceaux dès l'âge de 16 ans, via le logiciel Cool Edit, et à l’aide d’un casque Logitech volé à ses cours d’été.

Pour l’anecdote, à l’époque des téléphones à clapet, le jeune Slayter s’enregistrait en freestyle et envoyait ses improvisations à sa mère, signe que la musique l'anime réellement depuis sa plus tendre enfance.

Entre la perte de sa grand-mère (morte d’un cancer du sein) alors qu’il n’avait que 9 ans, celle de son père, assassiné alors qu’il avait seulement 1 an, ainsi que les décès et aller-retours récurrents de ses proches en prison, Slayter a vécu une jeunesse particulièrement difficile et sombre, qui a forgé le ton tranchant et mature qui caractérise sa musique. En effet, sa musique est empreinte de ce réalisme et de cette sincérité, l’artiste n’hésite pas à mentionner des passages de vie réellement vécus pour illustrer et appuyer ses propos et ainsi créer une proximité d’autant plus grande avec l’auditeur. Ce talent au micro lui a d'ailleurs valu d'être signé sur Cinematic Music Group par Jonny Shipes lui-même (le fondateur du label), qui l'avait déjà approché des années avant que la signature sur la structure se concrétise.

C'est véritablement à l'issue de cette signature en maison de disques, que Slayter, alors âgé de 24 ans, prend la musique au sérieux.

Il a depuis lancé sa propre structure, ColdGame Cinematic, en partenariat avec ce même label, et sur lequel il a signé dernièrement le prometteur 41st Narco.

Il a par ailleurs lancé sa propre marque de vêtements, Coldgame NYC, qui a notamment collaboré avec Anwar, le fondateur de la marque de streetwear Carrots.


En février 2016, le natif porto ricain publie « Dirty Game », son premier véritable projet.

Ce premier jet orchestré par les productions du talentueux Thelonious Martin nous embarque dès les premières mesures dans l’univers du MC new-yorkais, rythmé par les affres tumultueux d’une vie à mi-chemin entre la rue et le rap, un artiste marqué par un passé compliqué forgeur d’une détermination et d’une énergie qui ressort sur chacun des 6 titres qui composent cet excellent EP. Les sonorités exploitées sont relativement old school, on retrouve sur chaque morceau des samples majoritairement issus de la Soul et du Jazz, (parfois agrémentés de voix pitchées rappelant les productions new-yorkaises du début des années 2000, un choix habituel au producteur). Les productions sont tantôt sombres et angoissantes ("Jesus Piece / Free Aye No", "School of Hardnocks"), tantôt plus légères et délicates ("Still Me", "Chrome Heater", "YDN") comme c’est le cas sur l’excellent "Shit On Her" aux côtés du talentueux Michael Christmas, alors jeune espoir de la scène de Boston. L’alchimie avec la rappeuse DonMonique est toujours aussi flagrante sur "Chrome Heater", un de nos highlights personnels sur ce projet. Les deux artistes avaient effectivement collaboré lors du morceau "Tha Low" en feat avec Danny Brown, et présent sur la tape de DonMonique "Thirst Trap" sortie en 2015.



L’écriture sincère et spontanée de notre artiste sur "Dirty Game" reflète un personnage à la fois sûr de lui et torturé par son passé, passionné, pour qui la musique et les multiples addictions dépeintes semblent être le seul refuge.



Il enchaîne à peine un an après avec sa seconde tape, baptisée « Real N***** Get Lonely », sortie sur sa propre structure COLDGAME.

Ce second projet nettement plus moderne dans les sonorités, s’inscrit dans la continuité du premier sur le plan de l’introspection. Slayter s’y dévoile une nouvelle fois sur son rejet des autres, ainsi que sur son addiction au sexe et aux drogues en tout genre qui viennent lui insuffler l’inspiration nécessaire à sa musique et lui faire oublier dans le même temps les jours les plus sombres de son passé. Par ailleurs, il s’essaie davantage au chant comme sur le refrain du brumeux "Feeling Nobody", un morceau majeur de sa discographie qui en reflète bien le ton. L’intro "Know Me" et son riff de guitare électrique des plus mélancoliques amorce parfaitement l’atmosphère nostalgique et enfumée qui ressort de ce projet. C’est particulièrement le cas sur "Girls in My Living Room" et son atmosphère hypnotique qui se mêle au flow désarticulé de notre artiste, évoquant ses addictions avec un grain de voix triste et amer qui nous embarque immédiatement avec lui. Durant les 8 titres qui composent "Real N***** Get Lonely", Slayter délaisse un temps son flow tranchant et précis pour un flow volontairement nonchalant et peu articulé se mêlant parfaitement à l’ambiance des productions. On y retient notamment "Designer Drugs" et ses basses sourdes couplées à une mélodie à la fois aérienne et hypnotique, lors duquel l’artiste évoque un amour à la fois sentimental et charnel avec une véhémence qui lui est propre.



Hot Boy et Hot Boy 2


A l'été 2018, Slayter nous dévoile les deux EPs Hot Boy et Hot Boy 2 (qui ne sont malheureusement plus disponibles sur les plateformes) avant d’enchainer à l'été 2019 avec "COLD AT NIGHT", un tournant majeur dans sa discographie. En effet, il s'agit alors de son premier projet pour lequel il investit massivement, que ce soient pour les clips ou les divers studios d’enregistrement, et cela se ressent dès les premières écoutes, il s'agit à l'époque de son projet le plus abouti et c'est incontestable.

L’album s’ouvre sur "COLD", un morceau des plus introspectifs lors duquel l’artiste revient sur les difficultés financières auxquelles était confrontée sa famille par le passé, ainsi que sur les trahisons qu’il a pu subir lors du premier couplet, avant d’évoquer son caractère méfiant à l’égard des fake et sa foi inébranlable sur le second couplet.

« I ain’t have no money to fix that shit. My momma ain’t have no money to fix that shit. I remember it was mad cold »
« N**** used to love me now they diss me »
« I ain’t have a dollar but you know I had faith/Faith like Biggie did »

La mélodie froide et mélancolique jouée au piano dresse l’atmosphère idéale pour appuyer ses propos et leur amertume. Slayter s’illustre toujours autant par sa sincérité et son tranchant, et ce morceau d’une grande puissance émotionnelle reflète immédiatement l’atmosphère froide et hostile qui l’a façonné et qui est évoquée tout au long de ce projet.


Le morceau qui suit, "MHM", contraste immédiatement avec l’intro. Lors de ce banger énergique à la production signée Ducko McFlii (prods pour A$AP Ferg, 2Chainz, Audio Push, ...), Slayter revient sur son authenticité et ses ambitions tout en conservant l’assurance et l’insolence qu’on lui connait dans l’egotrip.


« Y’all be on the ‘Gram and shit, we be stuntin’ in real life/I need a million dollars cash, I don’t need no likes »
« I still remember the days we was poor/Remember them days when them n***** ignored us? »


"NEW MONEY" s’inscrit dans le même registre, Slayter nous rappelle sa facilité à découper sur des beats trap en appuyant son egotrip à l’aide de comparaisons toujours justes.


« We set if off like Queen Latifah/I was outside you was playin’ Fifa »
« My bitch is bi I’ma make the bitch eat ya/Choke slam a n***** like fucking Batista ».

"DYCKMAN" est nettement plus froid et brumeux, Slayter se permet des envolées mélodiques sur le refrain qui se mêlent judicieusement au caractère austère de la production, nous emportant immédiatement avec lui dans le quartier où il a grandi.


« I be roundin’ around Dyckman/I’ve been dodging indictments/.380 I ain’t fighting/Or the chopper that’s my sidekick »

"SOMETIMES I CRY" change radicalement d’ambiance. Lors de ce morceau mélancolique à souhait, Slayter évoque ses peines en amour comme dans la vie courante à la période où le manque d’argent se faisait durement ressentir pour lui et ses proches . Parmi les morceaux les plus émouvants du projet, "SOMETIMES I CRY" nous captive dès la première écoute, que ce soit pour le refrain empli de mélodie où l’artiste crée une proximité avec l’auditeur en évoquant des peines qui peuvent être ressenties par tout le monde, ou pour son interprétation saisissante et sincère ainsi que sa production nostalgique.


"I ain't gon' lie/Sometimes I cry/I'm just like you/With tears in my eyes/They ain't gon' see you later/This is my last goodbye"

"CHEMIST" vient contrebalancer en nous plongeant dans une ambiance sombre et festive. Slayter évoque une nouvelle fois son lifestyle, et ses penchants pour les drogues et le sexe afin de quitter un instant le stress généré par les épreuves endurées, une thématique bien exploitée sur "BACK PAIN".


« Off the percky’s, my muscle relax/I’m just putting life on these tracks »
« Bitch I’m on that codeine, right now/I’ma put her sleep, lights out »

Ce sentiment est abordé avec intensité lors du morceau suivant « SEEING GHOSTS », un titre intimiste lors duquel il revient sur son passé douloureux, sur une production triste et amère qui amène parfaitement la transition vers « COLD AT NIGHT ».


« I’m rolling up my thoughts, pouring up my feelings/I double cup my problems and I’m still sipping »
« Fucking with some n***** is my only regret/It’s some shit I’ve been outside that I can never forget/It’s some people that I’ve lost that I can never get back »

"COLD AT NIGHT" semble ainsi s’inscrire dans le prolongement de "SEEING GHOSTS", Slayter revient sur les peines qui le tourmentent à travers des images particulièrement fortes, tout en ayant un grain de voix mélancolique. Accompagné de G Herbo, l’artiste relate un règlement de compte avec toujours autant de détails dans ses paroles évocatrices d’images, qui rendent le titre presque cinématographique à travers leur réalisme.


« I was in backseat of the Benz with the whole Gang/And I think that I seen him in a blue Toyota/I told the driver get closer[..]At the red light, we gon’ leave him dead »

"NO OFFENSE", l’outro en featuring avec Lil Gotit, clôture le projet sur une note plus légère et festive. Ce banger aux sonorités métalliques nous sort de la mélancolie des morceaux précédents pour casser nos cervicales en finesse.


« Lookin’ for the opps ride with no tints/We ain’t hit ´em so we had to spin again/To get away with it and say it’s self defense »

En alternant judicieusement entre les bangers froids et énergiques, et les morceaux introspectifs empreints d’amertume et plus mélodieux, Slayter construit un projet bien équilibré où l’on retrouve la rigueur technique et la sincérité qu’on lui connait, ainsi que le côté plus expérimental dans les sonorités et la prise de risque dans les flows plus mélodieux initiée par "Real N***** Get Lonely".



Il entame l’année 2020 avec un court projet intitulé « Dirty Winter ». Slayter nous dévoile un EP brut et introspectif où l’artiste vient appuyer une nouvelle fois le réalisme de ses lyrics en parsemant ses textes d’anecdotes réelles, le tout sur des sonorités à la fois modernes (que ce soient "TEGO", "4AM IN PATTERSON", ou "ALL U GOT" en feat avec le talent en provenance du Maryland : Q Da Fool) et plus old school, registre dans lequel il excelle de par sa verve tranchante, ses flows affutés et son grain de voix rocailleux. Si "ALL U GOT" se démarque immédiatement comme un banger énergique où les deux artistes dépeignent leur lifestyle luxueux, "FIRST TIME IN PARIS" contraste par son atmosphère vaporeuse et hypnotique, suivi de l’enfumé "ROYAL RUMBLE" accompagné du Kushed God (Smoke DZA). Les deux artistes s’attellent à marteler la production à coup de rimes techniques et de phases affûtées mixant egotrip et street knowledge, un registre largement exploité par ces derniers sur leurs projets respectifs, et qui leur réussit complètement.



Ces thématiques reviennent fréquemment dans l’écriture du rappeur de Dyckman, qui s’exprime beaucoup à travers sa musique sur les jours sombres qui ont façonné sa motivation et son caractère inébranlable, l’intégrité et la trahison revenant de façon récurrente dans ses morceaux, et venant appuyer la mélancolie des productions plus estivales et mélodieuses comme c’est le cas sur "DIFFERENCES" aux côtés de Xanman, autre talent en provenance du Maryland. Le flow mélodieux et désarticulé de ce dernier vient parfaitement se mêler à la nonchalance de Slayter, qui semble appuyer chaque rime avec émotion et véhémence.

"SANGO’S OUTRO" conclue l’EP sur des notes plus soulful accompagnant idéalement le texte plus intimiste de Slayter, qui relate l’environnement dans lequel il a grandi, les trahisons qu’il a pu subir, tout en continuant d’évoquer ses multiples addictions venues atténuer ses plaies.


"Puerto Rican plug named Jorje/Blowin' up my phone 'cause the nigga got shorted"
"Niggas been OD'ing, I'ma sip this lean regardless"
"I just been facin' these woods, let the smoke hit my brain"

Multipliant les ambiances, cet EP excellent sonne le prélude du projet qui suivra : "WORLD GOT ME FUCKED UP, Vol. 1". Slayter s’y dévoile beaucoup. Pour ainsi dire, l’artiste s’exprime suffisamment a travers ce projet supplémentaire pour ne pas avoir à le faire en interview.


"The hood need gorilla glue, I'ma need a hunnid plates/Ain't doin' no interviews, wanna hear me? Buy my tapes"

Sa musique est marquée d’une spontanéité et d’un réalisme accru tout en étant dans le même temps extrêmement aboutie artistiquement, que ce soit sur le plans du mix comme des productions, ainsi que des artistes sollicités en feat qui collent toujours parfaitement à l’ambiance des morceaux.


Plus récemment, Slayter nous a dévoilé son excellent projet "WORLD GOT ME FUCKED UP, Vol. 1" et son édition "RELOADED" (avec 6 titres supplémentaires), un projet marquant de 2020 sur lequel nous reviendrons plus en détail très bientôt.

Une mixtape commune avec son compère RetcH est également prévue, une collaboration qui fera suite aux multiples et excellents feats entre les deux artistes, qui se retrouvent sur de nombreux aspects de leur musique ("Money and Power", "Whip Out", "ROSARY", ...).



En somme, Slayter est de ces artistes qu'il faut surveiller de très près, car son talent et sa productivité débordante ne peuvent que le hisser en tête d'affiche d'ici très bientôt, chose que nous lui souhaitons vivement chez SLASHER.



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